Il y a 60 ans, le Berliet T100

Nous sommes en 1957. La commercialisation de la Citroën DS débute à peine, la première tôle de la quille du paquebot France vient d’être posée à Saint-Nazaire et les ingénieurs de Sud-Aviation travaillent sans relâche aux études de la Super Caravelle qui aboutira à la naissance du Concorde quelques années plus tard. En Normandie, le pont de Tancarville est en cours de construction et, du côté de Lyon, dans l’usine Berliet de Monplaisir, le premier exemplaire du Berliet T100 voit le jour et fait la Une des journaux de l’époque.

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Le Berliet T100 n°1 devant les usines Berliet de Monplaisir – Photo : Fondation Berliet – Lyon

C’est à l’issue d’un voyage au Sahara en 1956 que Paul Berliet, directeur de l’entreprise
éponyme, demande à ses ingénieurs de concevoir et produire un camion capable de
transporter 50 tonnes dans les dunes. Le Sahara algérien recèle en effet de nombreux
gisements de pétrole et de gaz qui nécessitent du matériel adapté. Les camions américains présents en Algérie ne satisfont pas les exploitants pétroliers qui veulent un outil de travail adapté à leurs besoins. Ce dernier devra pouvoir franchir les dunes chargé d’éléments de derricks, de treuils ou de pompes à boues. Ce sera le T100, le plus gros camion du monde, conçu en l’espace de 7 mois. Pour ce faire, les équipes de Berliet ont sélectionné les pneus les plus grands existants à l’époque et ont disposé tout autour des éléments mécaniques à l’échelle de ces derniers. Le moteur provient des Etats-Unis, il est fourni par Cummins. Il s’agit d’un V12 de près de 30 litres de cylindrée équipé de deux turbos délivrant une puissance initiale de 600 chevaux. Il passera par la suite à 700 chevaux. Les freins sont équipés de disques Messier issus de l’aviation, la direction est assistée à l’aide d’un moteur de Dyna Panhard et la transmission aux 6 roues est effectuée à l’aide d’une boite semi-automatique Clark à quatre rapports avant et quatre rapports arrières est montée. Les roues, de près d’une tonne chacune, sont équipées de pneus Michelin d’un diamètre de 2, 20 mètres et d’une largeur d’un mètre. Lourd de 120 tonnes, long de 13,50 mètres, large de 4,98 mètres et haut de 4, 43 mètres, ce premier exemplaire du T100 est capable d’atteindre une vitesse de 34 km/h.

Quatre exemplaires construits par Berliet en tout et pour tout…

En octobre 1957, le T100 n°1 quitte Monplaisir pour rejoindre le 44 ème Salon de l’Automobile par la route, remorqué par un Berliet TBO et escorté par des motards de la CRS. Il sera acclamé comme une star tout au long de son parcours. Ce premier exemplaire participera à de nombreux salons. Il sera repeint intégralement en rouge pour être présenté aux Salon de Genève et de Francfort. En 1960, il sera envoyé en Algérie. Au préalable, il sera allongé de 1,80 mètres, son plateau sera garni de ridelles et son moteur gagnera 100 chevaux. Avant d’entamer un dur labeur dans le Sahara, il change à nouveau de couleur et devient blanc. Ce T100 existe toujours, il est exposé en Algérie, à Hassi Messaoud et appartient à la Sonatrach.

En 1958, Berliet fabrique le T100 n°2. De couleur beige sable, ce dernier est directement
équipé du moteur Cummins dans sa version 700 chevaux même si le chiffre installé sur la calandre indique toujours la puissance de 600 chevaux. Après quelques tests réalisés sur la piste d’essais de Berliet aux côtés du n°1, le T100 n°2 sera envoyé en Algérie pour rejoindre les champs pétroliers. A l’instar du n°1, il sera rallongé et équipé de ridelles. Ce T100 reviendra en France en 1981, il est aujourd’hui exposé dans le musée de la Fondation Berliet à Lyon.

C’est également en 1958 que Berliet présente le T100 n°3. Destiné à des travaux miniers, ce dernier se distingue fortement des deux premiers. De couleur rouge, il est équipé ’une
benne Marrel de 50m3 et de roues jumelées à l’arrière. C’est désormais un 6×4 et ses pneus sont de plus faible section. Contrairement au chiffre indiqué sur sa calandre, il est équipé du moteur de 700 chevaux. Après avoir participé à de nombreux salon, le T100 n°3 sera repeint en jaune et employé pendant 5 ans à l’extraction de minerai d’uranium au Centre d’Energie Atomique de Bessines. Il participera ensuite à la construction d’une autoroute dans la Drôme. Enfin, il sera utilisé par Berliet pour effectuer de nombreux tests. Il sera ferraillé en 1978.

En 1959, Berliet présente le T100 n°4. Ce dernier est destiné à être présenté à une grande
exposition mondiale de matériels pétroliers se tenant à Tulsa aux Etats-Unis. Pour se
démarquer des Kenworth américains, Paul Berliet veut innover et opte pour une cabine
avancée. De couleur rouge et grise, elle peut accueillir jusqu’à 5 personnes et dispose de
tout le confort disponible alors sur le marché. Embarqué aux USA, celui que l’on surnomme désormais Tulsa, connaitra un très grand succès tant au Texas qu’à Chicago au 5ème Congrès mondial du pétrole. Il rentre alors en France et se voit équipe d’une turbine Turbomeca de 1000 chevaux. Comme le T100 n°3, il sera lui aussi ferraillé.

…et cinq versions reproduites par Norev au 1/43

D’origine lyonnaise, le célèbre constructeur de miniatures Norev ne pouvait pas passer à
côté des Berliet conçus et assemblés à Villeurbanne, non loin de la capitale des Gaules !
Dès 1958, Norev présente un TBO a trois essieux tractant une semi porte autos. Existant en plusieurs couleurs, cet ensemble fera le bonheur des petits et des grands, le modèle étant toujours très recherché de nos jours !

En 2007 et en 2008, Norev commercialise pas moins de 16 nouveaux modèles Berliet. Parmi ces derniers on retrouve notamment les quatre versions du T100, le TBO tracteur du T100 n°1 et le GBC porte-roue dédié au remplacement des roues du T100. Le premier à être commercialisé est les T100 n°1 dans sa version longue équipé de ridelles sur son plateau arrière et du moteur de 700 chevaux (ref. : 690030 – modèle épuisé). De couleur rouge vif, cette miniature impressionne tout d’abord par sa taille (352 mm de longueur, 100 mm de largeur 100 mm et 110 mm de hauteur).

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Berliet T100 n°1 Norev 1/43 – ref. : 690030 (modèle épuisé)

Cette miniature regorge de détails permettant d’apporter du réalisme. A l’avant on retrouve les différents sigles sur l’impressionnante calandre, à commencer par la locomotive stylisée symbole du constructeur lyonnais, les nombreux feux et phares ainsi que les antennes de gabarit. Le capot est surmonté d’une bosse qui trahit la présence du Cummins dans sa version la plus puissante. Il laisse en outre passer les échappements par lesquels on pourrait imaginer le son du V12. Complétée d’un toit blanc, comme pour tous les T100 produits, la cabine est surmontée d’un climatiseur. Les petites vitres laissent apparaitre un habitacle fidèle dans lequel nous pouvons même distinguer les compteurs sur le tableau de bord. Le volant est joliment reproduit.

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L’intérieur du T100 a été parfaitement reproduit par Norev.

La partie située derrière la cabine est beaucoup plus simple, à l’instar du modèle à l’échelle 1. Le châssis quant à lui est équipé de coffres et de ses deux réservoirs de 900 litres chacun. Les roues sont tout simplement superbes. De couleur noir brillant, chaque jante est fidèle et reprend en son centre le logo Berliet en blanc. Les pneus impressionnent par leur taille et sont d’un dessin ressemblant trait pour trait au
modèle à l’échelle un. Simple, le châssis laisse apparaître les ponts avant et
arrière ainsi que l’arbre de transmission. Cette miniature était livrée avec un DVD et un livret retraçant l’histoire du T100.

Plus récemment, Norev a commercialisé la version blanche du T100 n°1. Cette dernière est en tous points semblable à la version rouge à quelques détails près : elle est vendue sans DVD, deux feux avant ont disparu tout comme la plaque d’immatriculation. Cette dernière a été éditée à 1000 exemplaires (ref. : 690034 – encore  disponible chez certains revendeurs).

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Berliet T100 n°1 Norev – ref. : 690034

Deuxième modèle reproduit par Norev, le T100 n°2 dans sa première version, à savoir la
version courte équipée du moteur Cummins de 700 chevaux mais avec le logo 600 ch sur la calandre (ref. : 690031 – modèle épuisé). De couleur jaune sable, ce T100 est là encore une réussite. Si la partie avant est semblable au T100 n°1, la miniature diffère en revanche sur la partie arrière équipée d’un plateau se terminant en pente. Les pneus sont également d’un modèle différent. Cet ensemble était livré avec une pompe pouvant s’installer sur le plateau.

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Berliet T100 n°2 Norev (ref. : 690031 – modèle épuisé) placé à côté d’un Berliet TLM Norev à la même échelle.

Vient ensuite le T100 n°3 (ref. : 690033 – modèle épuisé). A l’instar du modèle à l’échelle 1, ce T100 se démarque par sa gigantesque benne Marrel basculante. Là encore, la partie
avant est semblable au deux modèles précédents à quelques détails près avec notamment le toit de la cabine qui n’est pas équipé du climatiseur. Les roues arrière sont jumelées et l’arbre de transmission figurant sous le châssis n’entraine que les roues arrière. Ce dernier est en outre plus bas que ses deux grands frères, compte tenu de la taille de pneus différente. Norev a soigné les détails !

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Berliet T100 n°3 équipé de sa gigantesque benne Marrel (ref. : 690033 – modèle épuisé).

Dernier modèle reproduit par Norev, le T100 n°4 surnommé Tulsa (ref. : 690032 – encore
disponible chez certains revendeurs). En dehors des roues, nous avons ici affaire à un
modèle très différents des précédents. Une fois encore, Norev a cherché à être le plus fidèle à la réalité et le moins que l’on puisse dire c’est que le résultat est somptueux ! Les couleurs sont parfaitement appliquées et le tout forme un ensemble réellement harmonieux et qui fourmille de détails. A l’instar du T100 n°2, ce modèle était livré avec un transformateur que l’on pouvait installer sur son plateau arrière.

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La face avant impressionnante du Berliet  T100 n°4 surnommé Tulsa (ref. : 690032).

Avec ces miniatures, Norev a une nouvelle fois montré sa parfaite maitrise du sujet. A l’heure du bilan, nous ne garderons que deux points négatifs pour ces miniatures qui frisent le sans faute : les très nombreuses pièces en plastique qui les rendent fragiles et légères et le fait que les n°1, 2 et 3 ne soient plus disponibles dans le commerce.

Au final voici cinq modèles particulièrement attirants que tout fan de Berliet ou de camion des années 60 se doit d’avoir en vitrine en compagnie du TBO tracteur du T100 n°1 et du GBC porte-roue ! Il ne nous reste plus qu’à suggérer à Norev de reproduire les trois variantes manquant encore à son catalogue : le T100 n°1 dans sa première version, le T100 n°1 dans sa version test à roues arrière jumelées et le T100 n°3 dans sa couleur jaune, la dernière qu’il ait arboré avant sa destruction. Chiche ?

Un grand merci à Norev pour nous avoir prêté le temps d’un reportage les cinq T100 de cet article, à la Fondation Berliet pour la photo historique illustrant cet article ainsi qu’à Paul Berliet et ses équipes pour avoir conçu ce qui restera comme l’un des camions les plus emblématiques de l’histoire industrielle en France !


Dans ma bibliothèque
Berliet T100, le géant des sables de G. Lecat aux éditions ETAI. Un très bel ouvrage qui reprend la riche histoire de Berliet et s’attarde sur la génèse et le vécu des T100.
– Dossier Berliet T100 du numéro 1 de Camions d’hier et d’aujourd’hui.


Sur le web
Site de la Fondation Berliet
Norev

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