Renault Twingo

Elle est apparue en 1992 et son sourire a conquis des millions de personnes. Elle est née grâce à la persévérance et au travail d’une équipe de passionnés et elle restera, sans nul doute, l’une des voitures préférées des français à l’instar de la 2CV ou de la 4L. Solido vient d’en commercialiser une miniature au 1/18ème, l’occasion rêvée de vous raconter l’histoire de celle qui aurait pu ne jamais voir le jour… la Twingo !

1992… la Twingo entre en scène (photo Groupe Renault)

Tout commence en 1973. A cette époque, la Renault 4 est âgée de 12 ans et il faut songer à la remplacer. Renault lance alors un programme dénommé VBG (Véhicule Bas de Gamme) qui a pour ambition de donner une descendance à la célèbre 4L sans pour autant concurrencer la R5 présentée un an plus tôt (lire également l’article Le break – Renault Maxi 5 Turbo).

En 1975, les équipes en charge du projet VBG réalisent les premières maquettes d’habitabilité de ce futur véhicule. Dans des maquettes de 3,35 m de longueur, ils imaginent de nombreuses idées permettant d’optimiser l’espace et de rendre la vie à bord plus conviviale. C’est ainsi qu’ils conçoivent une banquette arrière scindée en deux sièges individuels et coulissants ou bien encore, des sièges avant pivotants.

Maquette d’habitabilité VBG (photo extraite du livre 50 ans de petites et secrètes Renault)

En parallèle, l’équipe du style imagine plusieurs véhicules. Certains resteront à l’état de maquettes, d’autres donneront vie à des prototypes roulants. Au fil des années, les projets issus du programme VGB se succèdent : X40, X49, Z, X44, X45… autant de propositions innovantes qui n’aboutissent pas en raison de coûts trop élevés.

Persévérante et convaincue qu’il existe sur le marché une place pour une citadine plus petite en taille que la Supercinq (lire également l’article Renault 5 Baccara – OttOmobile), l’équipe du design poursuit son travail et continue d’explorer de nouvelles pistes.

En 1986, un jeune designer du nom de Jean-Pierre Ploué dessine une petite citadine à la silhouette monocorps (l’inclinaison du capot moteur suit celle du pare-brise) dont le style est novateur et en rupture complète avec tout ce qui a été proposé jusqu’alors. Dénommée W60, cette proposition est présentée à la Direction générale de Renault qui ne donne pas suite. La santé financière de Renault est au plus bas et l’entreprise ne peut pas se permettre de lancer une voiture à la rentabilité incertaine. Le projet W60 est alors enfermé dans une caisse et stocké à l’abri dans un hangar près de Versailles. Avec lui se referme l’incroyable histoire du projet VBG débutée 13 ans plus tôt.

Renault W60 (photo extraite du livre 50 ans de petites et secrètes Renault)

Il faudra attendre près d’un an pour que W60 fasse reparler d’elle…

Raymond Lévy soulève la bâche. La voiture lui sourit et il lui sourit en retour. Je lui dis : « cette voiture c’est comme un animal familier »

Souvenirs de Patrick le Quément

A la fin de l’année 1987, Patrick le Quément prend la responsabilité du centre de design Renault (lire aussi l’article Rencontre avec Patrick le Quément). A son arrivée, Gaston Juchet, son prédécesseur, lui confie la clé d’un hangar situé en région parisienne… W60 est à nouveau sous le feu des projecteurs !

Séduit par cette maquette, Patrick le Quément présente cette dernière à Raymond Levy le nouveau PDG de Renault et il réussit à le convaincre de l’intérêt de cette proposition.

Le feu vert est donné pour la poursuite du projet et W60 prend le nom de code de X06.

Renault W60 et X06 (photo extraite du livre 50 ans de petites et secrètes Renault)

Il est alors décidé de revoir ses proportions pour lui donner plus de stature et surtout, de lui offrir un style plus expressif. Jean-Pierre Ploué se remet au travail avec l’aide du designer Thierry Métroz. L’avant de la voiture est revu sur la base d’un croquis de Patrick le Quément. Il accueille désormais des optiques et des clignotants arrondis. La partie basse du pare-chocs arbore quant à elle une grille en forme de sourire. L’arrière évolue également avec l’ajout de courbes sur le hayon et les feux.

En novembre 1988, X06 fait l’objet d’un test commercial dans de nombreux pays. Le bilan est mitigé, le style de la voiture ne faisant pas l’unanimité. Il en est de même au sein de Renault où certains membres de la direction souhaitent une refonte totale de l’avant. Patrick le Quément continue de défendre le projet et écrit, dans une note adressée à Raymond Lévy, que « le plus grand risque serait de ne pas prendre de risque, mieux vaut un design instinctif plutôt qu’un marketing extinctif ». Le PDG de Renault fait le choix du design instinctif et le style de X06 est gelé le 10 juillet 1989.

En juillet 89 le style de X06 est gelé. Il faut maintenant rendre le projet économiquement viable pour qu’il puisse voir le jour.

Le 5 janvier 1989, Raymond Lévy convoque dans son bureau Yves Dubreil : « vous rentrez dans mon bureau comme directeur des achats, vous en sortirez comme directeur de projet, je n’admets pas que vous refusiez ». Ce dernier a désormais la lourde tâche de rendre le projet X06 économiquement viable. Son travail va porter sur la conception de la future voiture mais également sa fabrication, le marketing, les ventes, etc.

Chaque poste est étudié en détail pour que la nouvelle voiture soit rentable et puisse avoir la chance de rouler un jour dans la rue. Des éléments mécaniques déjà existants au catalogue Renault comme le moteur sont alors choisis pour X06 et de nouveaux éléments plus économiques sont développés. Il en est ainsi de l’antenne radio située sur le montant de la porte conducteur qui permet d’économiser des longueurs de câbles ou bien encore des sièges dont le tissu est collé à même la mousse sans aucune couture.

L’équipe projet décide également de limiter le nombre d’options et de couleurs au minimum afin, là encore, de réduire les coûts. X06 n’existera qu’en une seule finition et quatre couleurs seulement seront disponibles lors du lancement. Les seules options possibles se réduiront au toit ouvrant en toile et à trois couleurs métallisées complémentaires.

Ces choix drastiques permettent d’assurer la rentabilité du projet et d’investir dans quelques innovations qui joueront un rôle important dans le succès de X06 : une banquette arrière modulable (une innovation imaginée en 1975 lors du programme VBG !) ou bien encore, un tableau de bord novateur à affichage central.

En complément de ces travaux, les ingénieurs en charge du développement construisent les premiers prototypes roulants.

La Renault X06 est une voiture fun sur laquelle on installerait volontiers une planche à voile pour se diriger directement vers la plage. Avec les copains.

Christophe Bonnaud – Auto Plus, janvier 1991

Le 22 janvier 1991, le magazine Auto Plus présente en Une « La mini Renault », celle qui doit succéder à la Renault 4. Les photos du premier prototype de X06 s’étalent sur quatre pages. Très bien renseigné, le journaliste Christophe Bonnaud (lire également l’article Concept-cars et prototypes d’études Renault) présente dans le détail cette future Renault : « Rustique mais moderne, sympathique, plus novatrice qu’une Fiat Panda, la future Renault joue à fond la carte de l’innovation. […] Etonnante à l’extérieur, la future petite Renault vous stupéfiera plus encore lorsque vous vous installerez à son bord. […] La banquette arrière coulisse et peut venir se caler contre le hayon afin de dégager une place maximum aux occupants de places arrière. […] Son moteur est l’antédiluvien quatre cylindres en fonte que l’on trouve sur le bas de gamme Clio. Jadis grand-père était très fier de ce moteur qui pétaradait dans les entrailles de la… 4CV familiale. […] La Renault X06 est une voiture fun sur laquelle on installerait volontiers une planche à voile pour se diriger directement vers la plage. Avec les copains. » …X06 peut être fière de sa première retombée presse !

La mini Renault fait la Une du magazine Auto Plus (archives lov4wheels)

Toujours bien renseigné, le magazine Auto Plus traque X06 sur toutes les routes du monde et les prototypes de la future Renault refont leur apparition en 1992 dans les numéros 179 et 190. Ce dernier numéro est l’occasion pour les lecteurs de découvrir pour la première fois le sourire définitif de X06…

En juillet, Auto Plus nous présente les photos de la mini Renault sans aucun camouflage. En septembre 1992 enfin, la France découvre pour la première fois – et de façon officielle – cette nouvelle Renault au Salon de l’Automobile. X06 porte désormais un nom, elle s’appelle… Twingo !

Sans hésiter, osez la Twingo !

Auto Plus, décembre 1992

Véritable star du Salon de l’Auto, la Renault Twingo surprend, enchante et déjà, réussit à conquérir le cœur de nombreux clients. Sans même avoir pu effectuer un essai ou connaitre le tarif définitif, plus de 2000 réservations sont enregistrées au salon et le carnet de commandes continue de se remplir…

Renault Twingo (photo Groupe Renault)

Toute aussi pétillante que la Twingo, la campagne publicitaire accompagnant son lancement débute en avril 1993. Réalisée par l’agence Publicis, elle met en scène la Twingo sous forme de dessins ludiques et de messages interpellant le consommateur : « Twingo n’est pas du genre à broyer du noir », « Twingo a les idées larges », « Twingo, à vous d’inventer la vie qui va avec »

La presse effectue ses premiers essais et le magazine Auto Plus qui a déjà consacré de nombreux numéros à X06 /Twingo décide de frapper un grand coup en emmenant l’un des premiers modèles à l’assaut des rues de Manhattan. Cet essai fait partie d’un dossier de 19 pages publié dans le numéro 224 en décembre 1992 et dans lequel la Twingo est mise à toutes les sauces : la Twingo à New York, la Twingo du jeune permis, la Twingo des familles, la Twingo de Madame, la Twingo citadine, la Twingo routière et enfin, la Twingo… au crash-test. Si le magazine déplore un rayon de braquage excessif, l’absence de protections latérales, l’ouverture du coffre peu pratique, l’absence de miroir de courtoisie côté conducteur et l’absence de réglage intérieur du rétroviseur droit, le bilan est plus que positif : « le plus grand atout de la Twingo est indiscutablement son caractère polyvalent. Cette petite voiture se montre en effet fort à son aise sur route, où elle acceptera de vous transporter convenablement en famille, mais aussi en ville où elle fait presque jeu égal avec les mini-voitures. […] Sans hésiter, osez la Twingo ! ».

En décembre 1992, les journalistes emmènent la Twingo à New York ! (archives lov4wheels)

Les journalistes d’Auto Plus ne sont pas les seuls à être séduits par la Twingo. Tous sont unanimes pour saluer les nombreuses qualités de cette « auto sympa, de conception originale – Le Moniteur Automobile – qui apporte fraîcheur, espace, couleur et malice : ses concurrentes font grise mine ! – L’Action Automobile – ». A l’issue d’un essai de 50000 km, l’Auto Journal écrit, en avril 1993, que « tant au plan de la fiabilité que de l’agrément, la Twingo conforte les espoirs suscités par son lancement hyper médiatisé. Roulez jeunesse, la petite bulle à roulettes a sûrement de l’avenir… ».

A l’issue de 50000 kms menés tambour battant, les journalistes de l’Auto Journal déclarent la Twingo bonne pour le service ! (archives lov4wheels)

Sept collections, de nombreuses séries limitées… la Twingo sera vendue à 2.430.000 exemplaires de 1992 à 2007. Le dernier exemplaire est produit a l’usine de Flins le 27 juin 2007.

« A vous d’inventer la vie qui va avec » clame la publicité de la Twingo. Au total, 2.430.000 personnes se laisseront séduire par la Twingo.

A l’image de ce qui est fait dans le monde de la mode, la commercialisation de la Twingo sera rythmée par l’arrivée de nouvelles collections, chacune apportant son lot de nouveautés.

Tout au long de ses quinze années d’existence, la Twingo évoluera en profondeur avec l’arrivée de nouveaux équipements – vitres et rétroviseurs électriques, direction assistée -, de nouvelles options – la climatisation et la boîte automatique -, de nouvelles finitions – y compris une luxueuse Initiale ! -, de nouveaux moteurs, de nouvelles couleurs et garnitures intérieures…

Renault Twingo Jade, l’une des dernières versions de la Twingo commercialisée en 2007 (photo Groupe Renault)

De nombreuses séries spéciales viendront compléter ces collections à l’image notamment des versions Benetton, Elite ou bien encore Kenzo.

Je suis mode mais je ne me démoderai pas, c’est cela le vrai chic !

Twingo, brochure série limitée Kenzo

C’est d’ailleurs dans la brochure consacrée à la série spéciale Kenzo que Twingo prend pour la première fois la parole : « J’ai toujours aimé la mode, je vis à son rythme. Souvenez-vous : l’année dernière, en même temps que le système Easy, le présentais ma deuxième collection, avec des couleurs entièrement recréées et de nouveaux effets nacrés/métallisés. Gros succès. 1995 : je m’habille chez un créateur ! Le styliste de la couleur, du sourire et de l’humour tendre. Oui, il est japonais mais tout en lui est si parisien ! Et puis, la mode, c’est typiquement Français, tout comme Renault ! C’est mon designer qui a eu cette idée. Vous le connaissez certainement, il s’appelle Patrick le Quément. C’est à lui que je dois tout depuis le début : ma ligne jamais vue, mon côté petit dehors, grand dedans, mon élégance naturelle, enfin tout quoi… Bref mon designer préféré a rencontré Kenzo et ils se sont tout de suite compris. L’univers de Kenzo est proche du mien. Nous avons – chacun à notre manière – imposé un style gai, tonique, coloré, efficace et confortable, pour se sentir bien plutôt que pour se faire admirer. Quoique… Ensemble, Patrick Le Quément et Kenzo ont décidé de faire une Twingo de créateur en série limitée. L’idée des fleurs s’est imposée d’elle-même, mais il y avait des contraintes techniques, évidemment. Kenzo s’est beaucoup impliqué dans le projet. Un jour, il a demandé à voir les couleurs à l’étude chez Renault. C’est comme cela qu’il a découvert le Bleu Méthyl qui l’a séduit. Attention : je suis mode mais je ne me démoderai pas, c’est cela le vrai chic ! »

Twingo Kenzo (archives lov4wheels)

LA MINIATURE

Cet article sur la Twingo est pour moi l’occasion de vous présenter en détail et pour la première fois un modèle commercialisé par Solido. La Twingo est en effet disponible chez ce fabricant depuis cette année. Un bien joli modèle à découvrir sur le blog de lov4wheels.

Renault Twingo Solido (photo lov4wheels)

POUR ALLER PLUS LOIN
Voici quelques livres qui vous permettront d’en savoir encore plus sur la Twingo. Vous pouvez les acheter les yeux fermés !

50 ans de petites et secrètes Renault
Un livre incontournable pour tous les passionnés de la marque au losange. Vous y retrouverez la formidable aventure de la VBG ainsi que la génèse des Renault 5, Supercinq, Clio et Twingo. Une superbe livre qui n’est malheureusement plus disponible en neuf.
Auteurs : Roger Régis et Christophe Bonnaud
Publié aux Editions Roger Régis

La Renault Twingo de mon père
On ne présente plus Jean-Luc Armagnacq qui a déjà à son actif de très bons livres publiés chez ETAI. La Renault Twingo de mon père ne fait pas exception. Préfacé par Patrick le Quément et Yves Dubreil ce livre présente de façon exhaustive la genèse et la carrière de la Twingo produite de 1992 à 2007. Un incontournable.
Auteur : Jean-Luc Armagnacq
Editeur : ETAI

Génération Twingo
Complémentaire de La Twingo de mon père, ce livre retrace l’historique de la Twingo et présente également au travers de nombreux témoignages tous ceux qui ont « inventé la vie qui va avec ». Un livre rafraichissant qui mérite que l’on s’y attarde !
Auteur : Yves Bey-Rozet
Editeur : Autodrome Editions

Concept-cars et prototypes d’études Renault
Le dernier livre de Christophe Bonnaud ne fait pas l’impasse sur le programme VBG et sur la Twingo. Une véritable bible pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur la marque Renault ! (lire également l’article consacré à ce livre sur le blog de lov4wheels).
Auteur : Christophe Bonnaud
Editeur : BJB Editions


Merci à Patrick le Quément pour ses récits toujours passionnants, son sourire et sa disponibilité.
Merci enfin à Raymond Lévy, Jean-Pierre Ploué, Yves Dubreil et Jacques Cheinisse. Avec Patrick le Quément, ils font partie de l’équipe qui a – envers et contre tous parfois – réussi à développer et commercialiser la Twingo !

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